BANDY BANDY, la galerie des Cultures Urbaines dans l'Art Contemporain à Paris
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LA LUZ OPACA

Livre photo de Juan Cristobal COBO - Editions Raya 2021

Les photographies de Juan Cristobal COBO, regroupées dans LA LUZ OPACA, sont imprégnées de poésie: comme elle, elles sont capables de dire et taire à la fois, de nous ébranler, nous incommoder, et de nous rapprocher par moments au mystère du monde. Son intérêt, ce qui donne de l’unité à cet ensemble d’images, est le centre de Bogota, un espace ou convergent diverses époques. Car si le photographe y appréhende quelque chose, c’est un passé détenu au milieu des affres du présent, et pas seulement dans l’architecture mais dans nombre des personnages capturés par l’appareil, dans une formalité anachronique qui nous émouvante. Car si en certaines occasions cette formalité traduit l’élégance, voir même l’opulence; dans beaucoup d’autres on peut y deviner la pauvreté s’efforçant de conserver dignité et décence. 

BOGOTA : LA VILLE ET LE TEMPS

Texte d'introduction par Piedad BONNETT

La photographie et la poésie ont beaucoup en commun : leur capacité de synthèse, de suggestion et de révélation, leur intérêt pour chercher à arrêter le temps, et leur nature fragmentée. D’autre part, les deux naissent d’une intuition puissante, capable de doter de sens ce qui, dans le tourment de la réalité quotidienne, ne semble souvent pas en avoir. La vision du poète, comme celle du photographe, au croisement momentané entre la fascination de la découverte et l’émotion profonde, est celle du pionnier. Mais il existe entre les deux une différence une substantielle différence : l’épiphanie poétique est à peine l’amorce d’un lent processus qui commence à se convertir en mots, alors que celle du photographe lui exige determination, rapidité, cadrage, compétence; qualités qui provoqueront au spectateur non seulement du plaisir mais de l’étonnement. Alors que le poème s’écoule, nous mènant ici et là, la photographie attrape en vole, fige ce qui passe. 




Bien que le regard de Juan Cristobal se pose parfois sur des enfants ou des adolescents, il se passionne surtout pour ce que traduisent les visages et corps des anciens. Des premiers il capte souvent l’âcreté, la gêne, les gestes rudes façonnés avec le temps; des seconds souvent la fatigue et l’effort,

mais l’enthousiasme aussi, ne faisant qu’un avec la ville. Beaucoup de ces images nous amènent à imaginer une histoire, insinuent un métier ou un mode de vie. Parfois révèlent une habitude avec des détails significatifs tel un journal roulé dans la poche arrière d’un pantalon. Parfois aussi fait irruption un trait d’excentricité, de folie, de ce qui se trouve hors de propos.

Et la solitude, avec le poids de la désolation, d’une certaine mélancolie qui émane aussi des espaces vides, de la vitrine de quelques magasins fermés un dimanche, de la lumière d’un ciel « bogotano » qui peut parfois être si mystérieuse: la lumière opaque, cette autre protagoniste qui par moment est elle même pure poésie. 

Au-dela de registre des particularités de tant d’individus, le photographe sait également capturer le mouvement de la masse humaine, son ébullition, l’indifférence des multitudes, et l’oisiveté des badauds, disposés à s’arrêter la où la curiosité les appelle. Et aussi les symétries inattendues, fruits du hasard, la beauté humble d’une rue, et la ruine, le sordide, l’empreinte de l’homme, le vestige. 

"These photos are a love poem to the streets of Bogota" (THE WASHINGTON POST)

La photographie de Juan Cristobal se délecte du concret. Elle sait éluder le sentimental, l’imposé et le déjà-vu. Par moment elle documente une réalité sociale, et nous permet non seulement de voir un monde extérieur savamment synthétisé dans sa diversité, mais aussi un monde intérieur: de celui qui avance dans la vie en regardant, avec avidité, la beauté du monde, qui parfois, nous le savons, peut résider dans le laid, dans l’apparemment insignifiant.