BANDY BANDY, la galerie des Cultures Urbaines dans l'Art Contemporain à Paris
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Oscar B. Castillo nous parle de son premier livre photo documentant la réalité carcérale vénézuelienne

À l’occasion de la sortie de son premier livre photo, nous avons rencontrés Oscar B. Castillo, photographe Vénézuelien engagé, qui documente les situations de crises sociales, migratoires et carcérales en Amérique Latine pour des médias internationaux tels que, entre autres, Le Monde, le New York Times, le Wall Street Journal, Der Spiegel, ou encore le Time Magazine. 

 

BANDY BANDY : Oscar, tu es actuellement en pleine campagne de financement participatif, en collaboration avec Polka Magazine et Kickstarter. Le but de ce crowdfunding est de donner naissance à « Esos que saben » (Ceux qui savent), un livre documentant l’existence du groupe de hip-hop Free Convict, né au cœur de la Penitenciaria General de Vénézuela, une prison abandonnée par le gouvernement et tristement connue pour sa surpopulation (la prison a pu accueillir jusqu'à 10 fois le nombre de détenus pour lequel elle a été conçue) . Raconte nous, comment est-tu arrivé dans cette prison, et pourquoi y être resté si longtemps? 

OSCAR B. CASTILLO : Tout a commencé en 2014 alors que j’accompagnais une équipe de tournage qui réalisait un documentaire sur la prison, j’étais au courant de la situation et des conditions de vie difficiles qui y régnaient, j’avais notamment pu assister à des ateliers à la prison auparavant. Au cours de cette mission, l’immersion a été plus intense et j’ai pu prendre connaissance de l’existence d’un groupe de détenus qui formait un collectif de hip-hop au sein de la prison et avec lequel j’ai établi petit à petit avec eux une relation de confiance, d’amitié et de soutient. Alors qu’ils sont plongés dans un cercle de violence chaotique, dans lequel la drogue et les problématiques sociales sont omniprésentes, portés par une sorte énergie indestructible, ils commencent à développer de leur propre initiative un incroyable projet de développement, réinsertion et apprentissage à travers le hip-hop, pour eux-memes et leurs proches. Je décide alors de les soutenir à ma manière, en documentant l’initiative. 

BANDY BANDY : Combien de temps as-tu suivi le collectif en prison? Qu’as-tu retenu de cette expérience? 

OSCAR B. CASTILLO : Le projet débute en 2014 et continue encore aujourd’hui, les dernières photos du livre ont été prises en 2021. C’est un travail de fond, constant, et régulier, qui cherche à documenter au plus près la réalité d’un quotidien hors-norme à travers des perspectives multiples, connaitre des histoires individuelles, en cherchant à aborder des thèmes rarement mis en avant lorsque l’on traite de la réalité carcérale, pas seulement au Vénézuela mais en général. Différentes facettes d’une même situation, en me concentrant sur cette auto-initiative.  

En 2017, alors que la situation du pays devient très tendue, le gouvernement démantèle différentes organisations carcérales et redistribue les détenus à travers différentes prisons du pays. Les membres du collectifs Free Convict se retrouvent séparés, envoyés dans différents centres carcéraux, ce qui vient fragiliser leur projet et tous les efforts mis en place… Ce moment a été éprouvant pour tout le monde. L’éventail des situations et leur complexité sont sans fin… même si je n’étais évidemment pas touché de plein fouet comme eux-memes pouvaient l’être, ça reste extrêmement éprouvant sur le plan humain.

BANDY BANDY : Pourquoi vouloir faire un livre de ce projet photographique? 

OSCAR B. CASTILLO : Ce microcosme à la fois extrême et surréaliste, c’est aussi un miroir de la réalité vénézuélienne. C’est la situation de tout un pays, de milliers de familles, pas seulement de cette prison. Au-delà de l’histoire d’un collectif de hip-hop, c’est une archive unique et importante à l’échelle d’un pays, une réflexion sociale et affective, une interprétation de l’Histoire nationale dans un contexte particulier. Les répercussions positives générées par l’engagement de Free Convict en tant qu’acteurs du changement au niveau national, c’est ce qui m’importe réellement derrière ce projet.

Je ne voulais pas non plus rester focalisé sur les difficultés, mais continuer à documenter le processus de croissance, d’apprentissage et de reconnaissance du groupe et de son projet à l’intérieur, mais aussi en dehors de la prison. Célébrer les victoires, petites et grandes, qui signifient énormément lorsque qu’on évolue dans le milieu carcéral, dans l’exclusion au quotidien. Il était important pour moi de laisser une trace de cette subtilité, des émotions desquelles j’ai pu être le témoin, l’élan incroyable d’un collectif, la tentative de s’en sortir coûte que coûte, améliorer les choses, ou du moins essayer.  

BANDY BANDY : Vous êtes en contact régulier avec le collectif Free Convict, où en est le projet désormais? 

OSCAR B. CASTILLO : Petit à petit le projet à pris de l’ampleur, le collectif a enregistré son premier disque en prison, a été nommé aux Pepsi Music Awards et vient de sortir son dernier EP. Ils font régulièrement des concerts, des compétitions de freestyle…etc. Le projet a également grandit au niveau social, des actions sont régulièrement entreprises, des ateliers organisés auprès de populations fragiles dans des quartiers gangrènes par la violence, les membres du collectifs cherchent a sensibiliser les jeunes générations, montrer par l’exemple qu’une autre voie est possible en créant de nouveaux espaces de dialogue. 

BANDY BANDY : Est-ce que tu peux nous expliquer l’importance du crowdfunding pour  la réalisation du projet éditorial? 

OSCAR B. CASTILLO : Ce soutient représente énormément, grâce à lui, et avec l’aide de Santiago Escobar Jaramillo de la maison d’édition colombienne RAYA, nous pourrons créer et partager une histoire, une initiative sociale, uniques. Grâce à ces fonds nous pourrons donner une stabilité économique au projet dans un moment financier compliqué. C’est l’opportunité de donner naissance à un véritable objet-témoin, fruit d’une réflexion et d’un engagement fort, en espérant qu’il puisse avoir une répercussion à la fois au niveau national et international. C’est aussi l’opportunité d’accompagner la croissance du projet Free Convict, en mettant en lumière l’incroyable élan dont ils font preuve depuis des années.

Pour participer au financement du projet avant le 21 décembre, c’est ICI

https://www.kickstarter.com/projects/oscarcastillo/esos-que-saben-youth-incarceration-and-peace-in-venezuela?lang=fr

Pour en savoir plus sur Oscar B. Castillo, c’est ICI

https://www.eltestigo.net/

Propos recueillis par Céline LEREBOURG pour BANDY BANDY

 

 


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